Comment le partage et les prosumers peuvent changer le monde

 

Lors du CREA Digital Day, organisé le mardi 15 janvier au Kempinski à Genève et qui fêtait ainsi son 10e anniversaire, nous avons eu l’honneur de recevoir Jeremy Rifkin pour une conférence-fleuve d’une heure qui a captivé tant les 1 400 participants que les nombreux médias présents. Et comme chez CREA nous aimons partager ce que nous savons, nous avons décidé de vous donner un petit aperçu de son speech génialissime.

Économiste de renom, spécialiste en prospective et auteur d’une vingtaine d’ouvrages, Jeremy Rifkin a axé sa conférence sur l’une de ses problématiques phares : la crise du capitalisme et l’avènement d’une nouvelle révolution industrielle. Rien que ça ! Selon lui, l’humanité – et en particulier les sociétés capitalistes – seront confrontées à deux crises majeures dans un futur proche. D’une part l’essoufflement de la croissance économique, suscitant une hausse du chômage et la chute du PIB ; de l’autre, une crise environnementale sans précédent, conséquence d’un système de production industrielle reposant sur la consommation excessive d’énergies fossiles, polluantes et non renouvelables. Face à ce constat, il considère urgent de réagir et propose des solutions claires et efficaces.

La crise climatique est à nos portes

L’économiste commence par expliciter les causes de la crise environnementale qui se profile à l’horizon. Les deux révolutions industrielles survenues au cours du 19e siècle ont entraîné une consommation importante des ressources de la planète, notamment de pétrole. Les émissions de gaz à effet de serre, provoquées par la production massive de biens de consommation et le recours aux énergies fossiles, sont à l’origine du réchauffement climatique.

La multiplication des catastrophes environnementales à laquelle nous assistons ces dernières décennies – inondations, ouragans, incendies, entre autres – est la conséquence directe de la hausse de la température globale. C’est également l’équilibre de l’écosystème qui est bouleversé. De nombreuses espèces ont déjà disparu ou sont menacées d’extinction.

D’après les experts de l’ONU, il nous resterait seulement 12 ans pour juguler le réchauffement climatique, avant que ses conséquences ne soient irréversibles.

En vue de diminuer drastiquement les émissions de carbone dans l’atmosphère, Jeremy Rifkin, plaide en faveur d’une refonte totale du fonctionnement de l’économie mondiale, qui devrait reposer sur l’emploi d’énergies renouvelables et non polluantes.

La crise économique touchera tous les secteurs

En parallèle à cette crise environnementale, l’ensemble des sociétés capitalistes est frappé, depuis ces vingt dernières années, par une stagnation de la croissance – malgré l’essor des nouvelles technologies.

En effet, le capitalisme est confronté à l’apparition de technologies permettant de réduire à zéro les coûts de production. De nombreux biens et services sont désormais disponibles gratuitement et en abondance. Un grand nombre d’industries en ont pâti cette dernière décennie, à commencer par celles de la musique, de la vidéo et de la presse, supplantées par le développement d’internet et des médias numériques.

D’après le chercheur, ce phénomène est voué à s’étendre à tous les secteurs de consommation, que ce soit dans le domaine de la production de biens matériels – grâce aux imprimantes 3D – ou celui de l’énergie. Pour appuyer son propos, le chercheur prend l’exemple de l’Allemagne, où un nombre croissant d’individus produisent leur propre énergie solaire ou éolienne pour chauffer leurs maisons ou bureaux.

À bout de souffle, les infrastructures héritées de la deuxième révolution industrielle ne sont pas du tout adaptées aux nouvelles technologies. Ces dernières, pour être optimales, doivent fonctionner selon un modèle de production décentralisée. Or, le système de production actuel hypercentralisé ne permet pas de produire de la valeur.

 

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L’avènement de la Troisième révolution industrielle

Afin d’endiguer ces deux crises concomitantes, Jeremy Rifkin plaide en faveur d’une refonte totale de notre système économique et la transition vers un modèle de production décentralisé reposant sur l’utilisation d’énergies renouvelables. Ce processus, en cours de développement depuis la fin du 20e siècle, correspond d’après lui à une nouvelle révolution industrielle.

Issue des innovations dans le domaine numérique, cette troisième révolution industrielle est articulée autour de trois axes : la communication, l’énergie et la mobilité. Les progrès effectués dans les domaines de la communication sont clairement visibles, grâce à l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication. D’après lui, cette révolution industrielle doit également inclure le passage à une économie décarbonée et une révolution de la mobilité, afin de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Pour ce faire, la production d’électricité ne doit plus être agencée selon un modèle centralisé, mais « distribué » – l’énergie circulant dans un réseau dit « intelligent », comme l’information circule sur internet. Chaque immeuble, par exemple, produira sa propre énergie, qui sera ensuite distribuée de manière décentralisée, s’inspirant ainsi du système de la « blockchain ».

Favoriser l’économie du partage et une société décentralisée

Ce nouveau système de production, reposant sur « l’économie du partage », constitue une véritable alternative depuis l’apparition du capitalisme et du socialisme au 19e siècle. Pour l’instant, cette économie existe aux côtés du capitalisme. Souvent les deux systèmes collaborent, bien qu’ils soient parfois, dans certains secteurs, en concurrence. Mais à moyen terme, le capitalisme est voué à se transformer et à partager la scène avec cette nouvelle économie du partage.

Cette nouvelle forme d’organisation économique aura bien évidemment des répercussions sur les sociétés humaines, les mentalités et les rapports entre producteurs et consommateurs. En effet, le système d’organisation que nous connaissons actuellement – hypercentralisé, vertical et basé sur la domination de quelques organismes politico-économiques – disparaîtra. Il sera remplacé par une sorte de « globalisation locale » – en anglais « glocalization » – constituée par des petits centres urbains, interconnectés et agencés selon un mode de gouvernance associatif, sur le modèle des coopératives. De même, les distinctions entre vendeurs et acheteurs s’effaceront progressivement, pour faire la place à un statut de « prosumer », c’est-à-dire des individus à la fois producteurs et consommateurs. Reste à savoir si les hommes, en particulier les structures étatiques et les multinationales, seront prêts à sauter le pas ou s’il faudra attendre qu’il soit (peut-être) trop tard…

Essayiste américain, Jeremy Rikkin est spécialiste économique et scientifique. Il a longtemps conseillé différentes personnalités politiques et a fondé en 1977 la Fondation pour les tendances économiques. Jeremy Rifkin et son équipe ont ainsi mis en place des plans directeurs (master plans) destinés à mettre en pratique la troisième révolution industrielle pour les villes de San Antonio (Texas), Rome (Italie), Monaco et de la Province d’Utrecht (Pays-Bas) afin de favoriser la transition des économies de ces territoires et d’en faire les premières aires urbaines décarbonées dans le monde. En plus de son impact aux États-Unis, Rifkin a acquis une grande influence en Europe en tant que conseiller de dirigeants de gouvernements et de chefs d’État, et il a travaillé par exemple comme conseiller personnel de Romano Prodi, l’ancien Premier ministre italien. Le magazine politique américain National Journal l’a classé dans sa liste des 150 personnes les plus influentes en ce qui concerne la politique américaine !

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