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Humain, trop humain

Ecouter Laurent Alexandre une fois dans sa vie est une expérience quasi mystique. Chez CREA, nous le suivons depuis plusieurs années avec fascination.

Sans tabous, sans langue de bois et parfois avec un brin de Darwinisme, cet extra-lucide sur les bouleversements liés à l’Intelligence Artificielle, et plus généralement aux nouvelles technologies, nous sort de la torpeur européenne ambiante où nous nous végétons et nous met face à la réalité de la donne internationale, américaine et chinoise avant tout. À la manière d’un Incal, bien loin des discours lénifiants ou affligeants, il jette un regard acide et franc sur l’avenir qui nous attend au coin de la figure.  Résumé-fleuve d’une conférence donnée par Laurent Alexandre à des étudiants en juin dernier au Campus Inseec Lyon. 

Quels risques et opportunités pour l’intelligence biologique de l’avènement massif de l’Intelligence Artificielle ?

En termes de business, il faut arrêter de parler d’intelligence artificielle seule, ce qui compte c’est le mix entre intelligence artificielle (IA) et intelligence biologique (IB). On n’a jamais vu un microprocesseur se mettre à lire Kant sans raison. L’intelligence artificielle n’existe pas sans l’intelligence biologique. Et inversement, un manager sans intelligence artificielle sera bientôt au chômage. Il faut réfléchir à la somme des deux intelligences, intimement liées et qui ne peuvent être séparées. L’intelligence artificielle c’est d’abord de l’intelligence biologique industrialisée, scalable et packagée. Au lieu de parler d’intelligence, mieux vaut parler du management des intelligences. Le monde économique va se retrouver en permanence face à la nécessité d’interfacer l’IA et l’IB, voilà le principal métier du XXIème siècle : organiser la fusion entre l’IA et l’IB. L’intelligence étant la source de tous les pouvoirs, ce qu’il se passe dans ce domaine revêt des conséquences à la fois sur l’organisation des entreprises et du pouvoir. L’enjeu du couple IA/IB est donc majeur. Allons-nous préférer une société de solidarité intellectuelle, ou ira-t-on vers un apartheid intellectuel – entre des « dieux » qui maîtrisent l’IA et des inutiles au revenu misérable qui attendent leur mort – ? Cela dépendra de ce que la nouvelle génération décidera.

Vous avez certainement compris qu’il y a un décalage énorme entre l’école de l’IA, qui se forme vite, même si elle a besoin de beaucoup d’exemples, et la fabrication du cerveau-biologique qui prend 30 ans. C’est l’idée que j’essaie de développer dans mon livre « La guerre des intelligences », la difficulté de gérer ce décalage entre la pousse très lente des cerveaux humains et la pousse très rapide de l’IA. Nous sommes confrontés à un énorme problème dans la façon dont nous allons gérer demain l’équilibre entre cerveau biologique et cerveau artificiel. En 2040, il sera peut-être considéré comme anachronique de séparer la gestion des cerveaux artificiels et biologiques.

N’y a-t-il pas déjà dans la Silicon Valley, la volonté de fusionner les neurosciences, la santé, l’éducation, etc ?

Autre difficulté à laquelle est confrontée l’économie, c’est d’avoir industrialisé l’IA avant d’avoir démocratisé et favorisé l’IB. La première fois que j’ai écrit un article sur la baisse du niveau QI en Europe, ce fut un tollé, maintenant c’est une certitude et quotidien Le Monde vient de sortir un article sur le sujet . Le QI des Européens a perdu 4 points depuis 20 ans alors que dans le même temps les Asiatiques en prenaient 10. Nous assistons donc à une baisse européenne de stock de cerveaux biologiques. Il se crée ainsi un décalage entre la baisse de notre QI, quelle qu’en soit la raison, l’explosion de l’IA et l’explosion du QI asiatique.

Quels avantages et quelles limites de l’IA ?

L’IA qui circule à la vitesse de la lumière est ubiquitaire et immédiatement mise à jour. Or, lorsque vous, vous vous réveillez le matin, votre cerveau n’a pas été mis à jour ! Alors que l’IA a instantanément chargé par exemple, les changements du droit du travail en Corée du Sud. Cette immense différence, fait dire à Yann Lecun, Chief AI scientist chez Facebook, que l’on va vite se rendre compte que l’intelligence humaine est très vide. L’étape actuelle consiste à favoriser le *deep learning de l’IA. L’étape suivante consistera a développer des IA ayant une capacité d’apprentissage avec de petits DATA sets, mais ce n’est pas encore certain, si ça se trouve l’IA va continuer à nécessiter une montagne de données, rien ne permet d’assurer qu’en 2040 l’IA sera capable de reconnaitre une girafe quand elle en déjà a vu quatre. Aujourd’hui on fait face à deux types d’IA, l’IA symbolique (i.e. on code perpétuellement) et l’IA connexionniste qui a décollé en 2011. Une IA connexionniste n’invente rien, elle s’adosse sur la base de connaissances avec laquelle elle est éduquée. Seulement celle-ci est sensible aux trolls, comme Tay* de Microsoft en a fait l’amère expérience…

Pour l’instant, il est peu probable que l’on soit capable de faire des IA qui apprennent avec peu de data, comme le font les bébés, avant 2030. Il n’y a que 10 producteurs d’IA sur terre, c’est une production centralisée qui comprend les GAFAM et les BATX, un oligopole américano-chinois où les Européens sont inexistants.

Certains vont encore plus loin et veulent dépasser les limites, comme Masayoshi Son, le CEO du groupe de télécoms japonais Softbank, l’homme le plus riche du Japon qui a racheté les robots Boston Dynamics de Google et fait la couverture de The Economist. Il a levé deux fonds de 100 milliards cette année pour développer la singularité, c’est à dire le moment ou l’IA dépassera l’IB. Son objectif est de faire d’ici 30 ans des robots doté d’un QI de 10’000 (un humain moyen a un QI de 100 en moyenne…).

*Deep Learning

L’apprentissage profond (plus précisément “apprentissage approfondi ”, et en anglais deep learning, deep structured learning, hierarchical learning) est un ensemble de méthodes d’apprentissage automatique tentant de modéliser avec un haut niveau d’abstraction des données grâce à des architectures articulées de différentes transformations non linéaires. Ces techniques ont permis des progrès importants et rapides dans les domaines de l’analyse du signal sonore ou visuel et notamment de la reconnaissance faciale, de la reconnaissance vocale, de la vision par ordinateur, du traitement automatisé du langage. (Source : Wikipedia)

*Tay

Il aura fallu à peine 16 heures pour que Tay ne dérape sévèrement. Pourtant, tout avait bien commencé. Ce mercredi, la cellule de recherche de Microsoft a mis en fonction son projet d’intelligence artificielle : Tay, un robot « chatbot » qui se prend pour une jeune femme de 19 ans. Il fonctionne grâce à un programme intelligent dans lequel Microsoft a inclus des connaissances de base comme des bouts de phrase. Mais le principal apprentissage de Tay se fait par les échanges qu’elle entretient avec les internautes sur Twitter. « Plus vous discutez avec Tay plus elle devient intelligente, donc son expérience peut être personnalisée par vous », a écrit la firme de Washington dans une note explicative. Cette option n’a pas laissé les internautes de marbre, puisqu’ils se sont précipités sur leur clavier pour lui apprendre des tas de choses. L’expérience a du être supprimée en moins d’un jour après avoir écrit des commentaires racistes et néonazis sur Twitter. (Source : Paris-Match)

Propos recueillis par Illyria Pfyffer

À lire absolument : LA GUERRE DES INTELLIGENCES par Laurent Alexandre. Editions JC Lattès

Vous pouvez également retrouver ci-dessous la conférence de Laurent Alexandre lors du CREA Digital Day 2017

 

 

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