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Chine : la machine à fabriquer des champions grippée ?

La Chine fait profil bas et s’attendait bien à une récolte maigre de médailles aux JO de Pyeongchang. Mais malgré l’actualité, ce sont bien les jeux de Rio qui marquent encore les esprits du peuple chinois. Car ils ont été vécus comme un véritable camouflet : habituée à la deuxième place depuis les jeux d’Athènes en 2004, la Chine est tombée derrière le Royaume-Uni, en 3ème position lors de ces Olympiades, avec des contre-performances encaissées dans des disciplines pourtant symboliques : badminton, plongeon… et gymnastique. La Chine est effectivement rentrée sans une seule médaille individuelle en gymnastique, du jamais vu ! De quoi alarmer le pouvoir chinois sur sa machine à fabriquer des champions olympiques alors que le pays s’apprête à accueillir les JO d’hiver en 2022, et qu’une humiliation n’est pas envisageable.

La fabrique despotique de champions

Le recrutement et la formation des futurs champions relèvent encore d’une véritable machine de guerre en Chine. Les enfants à fort potentiel sont repérés dans les villes et les campagnes vers 5 ans et immédiatement promis à une discipline sportive bien précise, puisque jugés en adéquation avec celle-ci en fonction de leur corpulence et leurs qualités. Ils sont séparés de leurs familles et envoyés dans des académies sportives étatiques quasi militaires, dans lesquelles tous les frais sont pris en charge par l’état. Pour la gloire de la nation, les enfants subissent une discipline de fer et un entraînement scientifiquement millimétré, d’une exigence extrême. Sursollicités, les petits corps sont mis à rude épreuve, les enfants n’ont pas le temps de suivre une scolarité académique : selon les entraîneurs, 10 ans de cette cadence folle sont nécessaires pour former un champion.
Les autorités affirment avoir assoupli le rythme, mais la pression exercée sur ces petites graines de champions est rappelée sur les murs des centres d’entraînement :

« Tu n’écouteras pas ta peur et ta souffrance pour la gloire de ton pays ! »

Au bout, la victoire aux JO est la garantie d’un avenir souriant. Jiao Liuyang, championne olympique du 200 mètres papillon à Londres, s’est vu par exemple proposer un poste de déléguée militaire lui offrant les mêmes avantages qu’un commandant de régiment.
Mais ce système est bien à bout de souffle aujourd’hui et l’État reconnaît rencontrer des difficultés de recrutement au sein de ces écoles.

Des parents plus conscients des risques

Les parents ont pris conscience des souffrances infligées. Ils connaissent les limites de ce système qui ne permet pas à un enfant sportif de revenir dans le système éducatif classique et le condamne à une réussite sportive pourtant très aléatoire. Ils ont entendu les témoignages de sportifs mis au rebut à 13 ou 16 ans pour blessure prématurée. Le cas de Zhang Shangwu, double champion du monde universitaire de gymnastique les a, par exemple, fortement émus : recruté à l’âge de 5 ans, sa carrière s’annonce très prometteuse et sa sélection assurée en 2004 pour les JO d’Athènes lorsqu’il se blesse quelque temps auparavant, au tendon d’Achille et voit ses rêves de médaille olympique s’envoler. En 2011, on le découvre en train de mendier dans le métro. Il a 28 ans et a vendu toutes ses médailles pour 15 dollars chacune…
Désormais, les parents rêvent d’un autre avenir pour leurs enfants et voient moins dans ces écoles de sport l’occasion de gagner prospérité et gloire.

Les champions se rebellent

Les athlètes aussi ont d’autres aspirations. Dirigés par leurs entraîneurs et les hauts dignitaires du pays, ils n’ont guère voix au chapitre. Surtout lorsqu’il s’agit de faire des choix de carrière ou de prendre un peu d’autonomie par rapport à un système auquel ils doivent tout. La subordination est savamment entretenue. Mais certains commencent à refuser de se soumettre et à défendre leurs intérêts personnels au détriment de ceux de la nation. Li Na par exemple, la première Chinoise à avoir remporté un titre du grand chelem, devait il y a quelques années encore reverser 65 % de ses gains à l’État, en dédommagement de la formation dispensée. Aujourd’hui, elle est parvenue à réduire cette part à une dizaine de pour cent. De nombreux champions chinois partent aussi s’exiler ailleurs sur la planète, pour fuir leur pays et les obligations qui y sont liées.

 

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Vers une transition et un assouplissement… mais jusqu’où ?

Le gouvernement chinois démontre désormais une volonté de détendre l’atmosphère et cherche à installer l’idée que la puissance du pays ne se mesure finalement pas uniquement au nombre de ses médailles olympiques. Il s’agit surtout d’alléger la pression faite aux champions : certes la nation les forme, les nourrit et les éduque depuis leur plus jeune âge, mais sans les rendre totalement redevables de médailles. La notion de retour sur investissement devrait leur être un peu moins appliquée dans les années à venir. Abondant dans ce sens, Liu Xiang, champion olympique de course constate : « Le peuple se tourne vers la jouissance populaire et culturelle du sport, plus que vers une poursuite nationaliste des médailles d’or ». Il reste cependant encore beaucoup de chemin à faire pour y parvenir et sortir de décennies de patriotisme sportif forcené.

L’État a commencé à agir. Quelques écoles de sport ont levé l’obligation de vivre exclusivement sur le campus. D’autres cherchent les moyens de fournir aux athlètes des compétences indispensables à la vie « normale », ainsi que le soutien nécessaire à leur quotidien après leur carrière sportive. D’autres encore assouplissent la formation sportive et réduisent un peu leur degré d’exigences.

Mais il sera difficile à l’État chinois, bien conscient de ces enjeux, de lâcher ses prérogatives tout en maintenant le prestige olympique de la nation chinoise. Les temps changent au sein de l’Empire du Milieu. De nouvelles aspirations sont là, l’émergence d’une classe moyenne avide de consommation et de liberté impose des réformes incontournables. Le business model alliant gros investissements et méthodes autoritaires est à bout de souffle. La voie sera étroite pour le régime.

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