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L’éducation & le monde du travail

DE NOUVEAUX FORMATS POUR DE NOUVEAUX ENJEUX

Devant l’augmentation exponentielle du digital dans tous les secteurs de l’économie, nous avons sollicité Phil Galland, membre de la direction de CREA Genève et Head of Digital Marketing Programs, pour partager avec nous sa vision du monde de la formation actuel face aux challenges colossaux qui l’attendent.

Attention spoiler !

Comment former un étudiant au 21e siècle ?

L’essentiel pour nous, est de faire en sorte qu’il développe ces fameuses soft skills, autrement dit, soit capable d’intégrer une équipe de manière coopérative, flexible et en faisant preuve de créativité. Qu’il démontre à la fois des compétences métier, mais aussi des capacités de communication, d’écoute ou de leadership si nécessaire. Pouvoir favoriser ce développement d’esprit collaboratif est vraiment déterminant, il s’avère décisif que l’étudiant assimile très tôt cette compréhension fine des enjeux professionnels qui l’attendent.

Quels outils utiliser pour révéler ces soft skills ?

En faisant preuve de discernement et en percevant clairement sur quels critères se détermine un individu. Raison pour laquelle, nous avons décidé d’intégrer dans nos cursus de Bachelor des journées d’éthique, de pensée critique, de philosophie et de psychologie. Au niveau Master, tous nos programmes incorporent la dimension digitale, destinée à « casser les silos » de secteurs très codifiés comme le luxe ou le sport. Nous tentons aussi de répondre à des questions telles que : jusqu’où peut aller la puissance des GAFA ? Comment va évoluer le monde dans les 5 à 10 ans avec l’explosion de l’AI ? Nous permettons à ces jeunes de disposer des outils et de la réflexion nécessaires pour maîtriser leur sujet, ne pas se laisser berner, et surtout garder leur libre arbitre. Évidemment, dans bon nombre d’entreprises, il y a un formatage qui privilégie le oui, mais plutôt que le et si ? Quand nos étudiants sortent diplômés, nous les avons préparés à ce genre de résistance. Nous les armons pour y faire face et ne pas lâcher. Ce n’est pas parce qu’on a 20 ans que nos idées sont moins pertinentes.

Voilà 7 ans que vous organisez des programmes dans le domaine digital. Comment les mettre à jour ? Une never ending story?

Les programmes évoluent à un rythme très soutenu. Se remettre perpétuellement en question, ne jamais rester sur ses acquis, pousser les exigences des cours toujours plus loin, voilà la source de notre motivation. Au niveau Bachelor, après avoir étudié les outils digitaux qui émergeaient, nous avons effectué un virage serré afin de positionner la stratégie digitale au cœur de l’enseignement. Dernièrement, nouveau virage : recentrer le contenu de la technologie vers l’utilisateur, la rendre davantage orientée vers « l’expérience client ». Comme l’énonce le célèbre essayiste Jean-Noël Kapferer, il s’agit de « replacer l’humain au centre des entreprises ». Pourtant, si être « customer centric » résonne comme hyper tendance au niveau marketing, au sein du monde du travail, les cultures d’entreprise n’y sont en réalité pas toutes encore préparées.

Comment intègre-t-on la nouvelle économie du partage dans un cursus ?

C’est seulement au travers d’une approche qui réunit étudiants et enseignants dans une mise en avant de leurs compétences communes que l’on peut avancer. Ensemble. Apprendre à collaborer, à s’adapter, à être créatif, voilà des aspects qui font la différence sur le marché du travail. Gérer une campagne Facebook procure peut-être un avantage professionnel, mais il est limité dans le temps. Savoir collaborer ou négocier représente des assets importants tout au long d’une carrière.

Quelle va être la prochaine révolution dans l’enseignement ?

Nous vivons une période charnière où l’on commence à percevoir et étudier l’impact de la pédagogie sur le fonctionnement du cerveau, un domaine encore relativement complexe. Personne n’a aujourd’hui LA bonne méthode. Nous avons à notre disposition de nombreux nouveaux outils comme l’e-learning ou la réalité virtuelle qui offrent de larges perspectives. La réalité virtuelle par exemple, offre désormais possible de vivre une expérience immersive. Grâce à des lunettes, l’on se retrouve soudain dans un workshop sur le campus de Harvard en train d’échanger avec une Brésilienne et un Italien ! Ces nouvelles formes complètent l’apprentissage in situ, mais ne s’y substituent pas. Rien ne remplace le contact réel, en groupe, pour développer des compétences sociales. Pour une vraie réflexion stratégique, il faut pouvoir compter sur des expériences humaines, des échanges, des tests, des feedbacks, etc. La tendance du tout technologique, comme dans la Silicon Valley, ne représente pas la panacée. On le constate, il y a un immense retour de l’humain, de la valeur de l’échange, une attente fondamentale que l’on retrouve chez les jeunes. OK, il leur arrive d’être dans leur bulle sur leurs mobiles, mais lorsqu’ils participent à un workshop, le shift opère immédiatement, le besoin de contact, de rencontre, de discussions à n’en plus finir, est manifeste. Ne jamais oublier que la valeur d’un groupe reste plus élevée que celle d’un individu. Chez CREA, nous privilégions ainsi énormément l’apprentissage sous forme de workshops. On constate d’ailleurs que certains étudiants n’ont jamais pratiqué ce type de formule dans leur scolarité, c’est criminel ! L’enrichissement est tellement évident à la fois pour le groupe lui-même que pour l’intervenant !

Learning by doing, votre mantra?

Au cours de mon expérience dans l’enseignement, j’ai remarqué que dès qu’il existe un enjeu important, une évaluation par exemple, les étudiants cessent de prendre des risques. On le comprend : à prendre un risque qui ne paie pas, on s’expose à recevoir une mauvaise note. Or il n’y a pas de deuxième chance, l’école nous apprend à viser le 6, la perfection. Pourtant ce réflexe n’illustre pas la réalité de la sphère professionnelle où l’on tâtonne avant de réussir. Dans le monde plus collaboratif de l’économie du partage vers lequel nous tendons, les règles diffèrent. Chez Facebook, on vous dira par exemple « fais, apprends de tes erreurs et améliore-toi ». Voilà un raisonnement que nous intégrons dans nos programmes et qui fonctionne très bien. Bien entendu, la théorie est aussi enseignée, mais dans nos cursus, la pratique est reine : on apprend en réalisant soi-même un projet, une stratégie, etc. C’est le principe du Learning by doing. Parfois, je demande même à certains de mes étudiants de donner une partie du cours de l’intervenant. Évidemment, en leur permettant de s’y préparer à l’avance ! Si on parvient à expliquer un concept, un fonctionnement, une technique, c’est le signe qu’on l’a compris. Dans cette méthodologie inversée, nous mettons aussi l’étudiant face à un problème trop complexe par rapport à son niveau de connaissance théorique. Il apprendra et optimisera ses compétences en se confrontant directement à la situation, tout en étant coaché. Qu’il se trompe fait ainsi partie du processus. Pourquoi devrait-on être parfait du premier coup ? Au final, nous donnons aussi (ou redonnons) de la confiance à certains qui pourraient en manquer.

Que pensez-vous de l’enseignement universitaire traditionnel ?

Il conserve toute sa valeur, mais se retrouve parfois en déconnexion face au monde professionnel. Nous privilégions un aspect volontairement très opérationnel qui forme les étudiants à l’univers des entreprises, avec l’objectif de délivrer rapidement un travail efficace et performant. Les écoles d’ingénieur par exemple poussent à la réflexion avec des méthodologies qu’il faut comprendre, intégrer dans leurs complexités. Autant d’exercices qui entraînent la plasticité du cerveau par ce côté très carré, structuré et binaire. Si on prend les CEO des GAFA, ils ont tous effectué ce type de formation. Chez CREA, nous favorisons aussi cette structuration de la pensée, mais avec l’objectif de reconnaître nos étudiants à leur degré incroyable de créativité !

Propos recueillis par Illyria Pfyffer

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